Ayant rassemblé une immense puissance militaire au Moyen-Orient, menée par deux groupes aéronavals et des dizaines d'avions de combat F-35, F-22 et F-16, l'impérialisme américain est prêt à déclencher une guerre criminelle contre l'Iran dans les jours, voire les heures, à venir.
Une telle guerre aurait des conséquences catastrophiques pour le peuple iranien déjà éprouvé et embraserait rapidement toute la région. Lors de réunions informelles, des responsables de l'administration Trump et du Pentagone ont déclaré se préparer à un bombardement de l'Iran qui durerait des mois. Ce conflit serait bien plus grave que la guerre non provoquée de douze jours menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran en juin dernier, qui a fait plus d'un millier de morts iraniens, principalement des civils.
Alors que Trump continue d'amplifier ses menaces d'attaque imminente, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, s'est entretenu jeudi à Genève avec les négociateurs désignés par le président américain aspirant dictateur: son associé et homme d'affaires Steve Witkoff, et son gendre, Jared Kushner.
Ces prétendues négociations ne sont qu'une mascarade. Elles ressemblent à s'y méprendre à une tentative d'extorsion mafieuse ou, plus précisément, aux ultimatums lancés par Hitler lors de ses ravages en Europe, à l'aube de la Seconde Guerre mondiale.
À moins de se soumettre à une série d'exigences draconiennes, l'Iran – pays historiquement opprimé et déjà soumis depuis des années à de lourdes sanctions économiques, assimilables à une guerre – est menacé d'une attaque imminente, le plus important déploiement de la puissance de feu impérialiste américaine depuis l'invasion de l'Irak en 2003.
Pour faire passer le message, dès l'ouverture des pourparlers de Genève, le Pentagone a ordonné au plus gros porte-avions du monde, l'USS Gerald Ford, de quitter la Crète, où il était amarré depuis lundi, afin de se rapprocher d'Israël et de l'Iran. Les forces israéliennes sont en état d'alerte maximale depuis des semaines, anticipant une frappe américaine contre l'Iran. Elles attendent uniquement le feu vert de Washington pour participer à une attaque.
Sous l'égide du ministre omanais des Affaires étrangères, les négociateurs iraniens et américains, réunis dans des salles séparées, ont échangé propositions et observations jeudi. Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Mariano Grossi, a également participé aux discussions pendant un temps.
Après une première session d'environ quatre heures, les deux parties ont observé une longue pause, vraisemblablement pour consulter leurs gouvernements respectifs. À l'issue d'une seconde session, plus courte, Araghchi a déclaré que « des progrès significatifs ont été réalisés, les deux parties s'étant engagées dans un examen approfondi des éléments d'un accord ».
Lors de récents échanges avec la presse, des responsables iraniens ont affirmé à plusieurs reprises qu'un accord « gagnant-gagnant » était envisageable, à condition que les négociations se limitent au programme nucléaire iranien et à l'allègement des sanctions.
Téhéran a fait savoir que, dans le cadre de tout accord avec Washington, il était prêt à faire d'importantes concessions économiques aux États-Unis, notamment en cédant aux entreprises américaines les droits d'exploitation de projets pétroliers, gaziers et de minéraux critiques. Un responsable anonyme a déclaré que cela représentait une véritable aubaine pour les investissements. On ignore si Téhéran a formellement présenté ces propositions lors des pourparlers de jeudi.
À l'issue de ces pourparlers, le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr Albusaidi, a annoncé leur reprise la semaine prochaine, d'abord par des discussions techniques, puis par des discussions de haut niveau.
Même certains médias occidentaux ont exprimé leur scepticisme quant à la concrétisation de cet accord, ajoutant que la brièveté de la deuxième session et le silence des États-Unis sur les négociations étaient de mauvais augure.
Les deux parties se sont affrontées à plusieurs reprises sur la teneur des trois cycles de négociations tenus depuis le 6 février. Les responsables iraniens ont affirmé que Washington avait accepté que l'Iran puisse conserver au moins un programme nucléaire civil symbolique, consistant à enrichir de petites quantités d'uranium faiblement actif à des fins médicales, affirmant ainsi son droit souverain à un tel programme en tant que signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Witkoff a catégoriquement démenti ces allégations. Il a réaffirmé la demande de Trump d'un démantèlement total du programme nucléaire civil iranien et d'une interdiction permanente pour Téhéran de tout programme nucléaire civil.
Des sources américaines ont également indiqué que même si les deux parties parvenaient à un accord sur la question nucléaire, tout allègement des sanctions se limiterait strictement au déblocage des fonds iraniens actuellement gelés à l'étranger tant que les autres exigences américaines ne seraient pas satisfaites.
Ces exigences comprennent la cessation du soutien iranien au Hamas, au Hezbollah et aux autres membres de son « Axe de résistance » au Moyen-Orient, ainsi que l'abandon de ses capacités en matière de missiles balistiques de portée intermédiaire.
« L'Iran refuse – refuse catégoriquement – de parler de ses missiles balistiques, que ce soit à nous ou à qui que ce soit, et c'est un problème majeur », a déclaré mercredi le secrétaire d'État américain Marco Rubio.
Si le régime nationaliste bourgeois iranien, dirigé par le clergé chiite, acceptait les exigences de Washington, l'Iran se retrouverait de facto sans défense face à une agression américaine ou israélienne. Cela constituerait un changement de régime de facto imposé par l'impérialisme, indépendamment de qui resterait à la tête de la République islamique et de ses principales institutions.
Dans son discours sur l'état de l'Union mardi soir, Trump a proféré une série de mensonges sur l'Iran, dans le but de créer un prétexte à la guerre. Il a notamment affirmé que l'Iran refusait de déclarer que son programme nucléaire était exclusivement destiné à des fins civiles et qu'il travaillait à la construction de missiles qui « atteindraient bientôt » les États-Unis.
Cela inverse la réalité.
Non seulement l'Iran a renoncé depuis longtemps à l'arme nucléaire, mais c'est Trump qui, en 2018, a fait voler en éclats l'accord nucléaire iranien, soutenu par l'ONU, en vertu duquel Téhéran était contraint de démanteler une grande partie de son programme nucléaire et de se soumettre au régime d'inspections de l'AIEA le plus intrusif jamais conçu.
Peu après, Trump a imposé de lourdes sanctions économiques internationales à l'Iran, dans le but avoué de ruiner son économie et de provoquer un changement de régime. Ces sanctions ont été encore renforcées sous l'administration Biden, engendrant une crise économique dévastatrice qui a plongé une grande partie de la population iranienne dans une extrême pauvreté.
De plus, c'est l'impérialisme américain qui orchestre une nouvelle course aux armements nucléaires, impliquant un renforcement massif des arsenaux nucléaires tactiques et stratégiques. Plus tôt ce mois-ci, Trump a laissé expirer le dernier traité de contrôle des armements nucléaires avec la Russie, dans le but avoué d'accroître considérablement l'arsenal nucléaire américain à portée intermédiaire afin de menacer la Chine, dans le cadre de ses stratégies de bataille aéro-navale et d’archipels en vue d'une guerre contre Pékin.
Quant à l'affirmation selon laquelle l'Iran chercherait à se doter de missiles intercontinentaux, même Carl Bildt, ancien Premier ministre suédois et coprésident du Conseil des relations étrangères de l'Europe, proche de l'OTAN, a dû concéder : « On dirait 2003 », en référence aux mensonges de George W. Bush et Tony Blair concernant les « armes de destruction massive » irakiennes.
L'impérialisme américain ne s'est jamais résigné à la révolution iranienne de 1979, qui a renversé la dictature monarchique tyrannique du shah, installée par la CIA. Depuis des décennies, le Pentagone planifie une guerre contre l'Iran. En 2003, puis en 2007-2008, l'administration de George W. Bush a sérieusement envisagé d'attaquer l'Iran. Obama a insisté à plusieurs reprises sur le fait que « toutes les options étaient sur la table », instrumentalisant la question nucléaire pour faire pression sur l'Iran et cherchant à réaffirmer la domination de Washington au Moyen-Orient après le fiasco de la guerre en Irak et les soulèvements du Printemps arabe en Égypte et en Tunisie.
La récente offensive militaire contre l'Iran découle directement de la volonté américano-israélienne, après octobre 2023, d'imposer une « solution finale » à la question palestinienne. Cette volonté s'inscrit dans le cadre de l'affirmation d'une hégémonie impérialiste américaine sans bornes au Moyen-Orient, par la guerre, le changement de régime et, à Gaza, un véritable génocide.
Ces derniers jours, d'importants médias proches des services de renseignement et de l'armée américaine ont rapporté que de hauts responsables du Pentagone avaient averti Trump que l'Iran disposait de capacités militaires considérables et que tout conflit avec ce pays serait long et pourrait entraîner des revers et des pertes humaines majeurs pour les États-Unis.
Téhéran, de son côté, a juré de frapper les bases militaires et les navires de guerre américains dans toute la région et a averti qu'une guerre s’étendrait rapidement à travers la région. L'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et les autres États du Golfe affirment qu'ils n'autoriseront pas les États-Unis à utiliser leurs bases et leur espace aérien pour attaquer l'Iran. Cette position vise en partie à éviter des représailles iraniennes, mais surtout à prévenir la réaction de leurs populations, déjà agitées, face à leur complicité dans une attaque non provoquée et illégale menée par les États-Unis et soutenue par Israël contre l'Iran.
Les avertissements lancés par certains hauts gradés du Pentagone s'expliquent par la reconnaissance du fait qu'en tentant de soumettre un pays presque trois fois plus peuplé et quatre fois plus vaste que l'Irak, l'impérialisme américain risque de récolter la tempête. Mais leur véritable objectif pourrait être de convaincre Trump d'adhérer aux plans de guerre contre l'Iran, élaborés de longue date par le Pentagone. Ces plans prévoient une offensive massive et continue, visant à anéantir dès le départ la plus grande partie possible des capacités de riposte de l'Iran, notamment l'électricité et d'autres infrastructures publiques vitales. Selon les médias américains, Trump envisagerait d'ordonner une frappe initiale « limitée » contre l'Iran, ciblant les sites nucléaires et de missiles balistiques ou le commandement des Gardiens de la révolution islamique, afin d'obtenir des concessions plus importantes de la part de l'Iran avant de s'engager dans une guerre totale.
Quel que soit son point de départ, une guerre contre l'Iran sera une guerre d'agression, le « crime international suprême » tel que défini lors des procès de Nuremberg, menée par un régime criminel qui, au nom de l'oligarchie capitaliste américaine, cherche à imposer une domination américaine sans partage sur le monde et une dictature aux États-Unis.
L'ensemble du Parti démocrate est complice. Il reprend à son compte tous les arguments mensongers de la Maison-Blanche justifiant une guerre de changement de régime : de la nécessité d'empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire à l'affirmation selon laquelle la République islamique serait un régime particulièrement oppressif. Le seul reproche des démocrates est que Trump n'ait pas préparé le terrain politiquement à la guerre en « expliquant » ses objectifs au peuple américain.
Le Wall Street Journal a tenu des propos similaires dans un éditorial publié mercredi, exhortant Trump à attaquer l'Iran sans délai. « S'il sollicite le soutien du Congrès et de l'opinion publique à l'avance, il aura davantage d'alliés si la guerre ne se déroule pas comme prévu, ce qui est souvent le cas », a-t-il écrit.
La classe ouvrière aux États-Unis et dans le monde entier doit s’opposer à l'attaque imminente contre l'Iran. Les conséquences seront incalculables pour le peuple iranien et pour le monde. Du point de vue des stratèges de l'impérialisme américain, le changement de régime en Iran et l'établissement d'une domination sur le Moyen-Orient – première région exportatrice de pétrole au monde et carrefour stratégique entre trois continents – ne sont qu'une étape vers la guerre contre la Chine.
Des manifestations et des grèves doivent être organisées pour exiger que l’Iran soit laissé en paix, le retrait de toutes les forces américaines et impérialistes du Moyen-Orient, la fin du génocide israélien à Gaza et la levée de toutes les sanctions contre l'Iran. Cette action doit être animée par la lutte visant à lier l'opposition à la guerre impérialiste aux luttes montantes de la classe ouvrière internationale contre l’élimination de ses droits sociaux et démocratiques, et elle doit être imprégnée d'un programme et d'une perspective socialistes révolutionnaires pour mettre fin au capitalisme : la source de la guerre, de la dictature et de l’oligarchie.
