Israël continue de bombarder le Liban, les médias américains réclament une nouvelle offensive contre l’Iran

De la fumée s'élève après plusieurs frappes aériennes israéliennes à Beyrouth, au Liban, le mercredi 8 avril 2026. [AP Photo/Hassan Ammar]

Des frappes aériennes israéliennes ont tué au moins sept personnes dans la ville d'al-Abbassieh, au Sud-Liban, jeudi, alors que le bombardement du pays entrait dans sa deuxième journée depuis la proclamation d'un cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran.

Les frappes de jeudi faisaient suite à l'assaut de mercredi — la journée la plus meurtrière au Liban depuis le début de la guerre totale le 2 mars. L'armée israélienne a déployé 50 avions de chasse qui ont largué 160 munitions sur plus de 100 sites en 10 minutes, détruisant des bâtiments résidentiels, des commerces et des bureaux, du centre de Beyrouth aux banlieues sud. Au moins 303 personnes ont été tuées et plus de 1150 blessées, dont des enfants. Plusieurs frappes ont touché des quartiers animés à l'heure de pointe, sans avertissement préalable. Le Liban a décrété une journée de deuil national. Dans une mosquée de la capitale, des prières funéraires ont eu lieu alors que des campements de tentes pour personnes déplacées à l'intérieur du pays se trouvaient de l'autre côté de la rue.

Le massacre a eu lieu moins de 24 heures après que le président américain Donald Trump a annoncé un cessez-le-feu de deux semaines avec l'Iran. L'accord a été négocié par le Pakistan. Lorsque le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a fait cette annonce mardi soir, il a déclaré que le cessez-le-feu s'appliquait «partout, y compris au Liban». Quelques heures plus tard, Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou ont déclaré que le Liban n'était pas couvert par l'accord. Trump a balayé la guerre au Liban d'un revers de main, la qualifiant d’«escarmouche distincte».

Cette dernière attaque contre le Liban fait partie d'une offensive américano-israélienne à travers le Moyen-Orient, utilisant l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023 comme prétexte pour une guerre à l'échelle de toute la région. Depuis octobre 2023, les États-Unis et Israël mènent la guerre à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Syrie, au Yémen et en Iran. Le bilan total des morts dans l’ensemble de la région se chiffre en dizaines de milliers.

À Gaza, plus de 72 000 Palestiniens ont été tués et les hôpitaux, universités et infrastructures civiles du territoire ont été systématiquement détruits. Au Liban, 1 739 personnes ont été tuées depuis le début de la dernière offensive israélienne le 2 mars, et près d'un million ont été déplacées.

En Iran, l'agence de presse Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux États-Unis, a documenté 3 636 morts depuis le 28 février, dont 1 701 civils. Des millions de personnes ont fui leur foyer. La campagne de bombardements américains de cinq semaines a coûté aux contribuables américains au moins 45 milliards de dollars, avec 13 militaires tués et près de 370 blessés.

Le détroit d'Ormuz est resté effectivement fermé jeudi. Le New York Times a rapporté que seule une poignée de navires l'avaient traversé depuis le début de la trêve, les armateurs, les assureurs et d'autres acteurs étant méfiant quant à la sécurité du passage.

À Washington, le cessez-le-feu a suscité de vives divisions. Une partie importante de la classe politique américaine a fait valoir que les États-Unis avaient accepté de suspendre leurs opérations militaires avant d'avoir atteint le moindre de leurs objectifs stratégiques déclarés. L'Iran n'avait pas démantelé son programme nucléaire. Le détroit d'Ormuz restait sous contrôle iranien. Le Hezbollah n'avait pas été désarmé.

Le comité de rédaction du Washington Post a publié mercredi un article intitulé: «Avant les pourparlers sur l'Iran au Pakistan, un mauvais accord est pire que pas d'accord du tout». Le Post y soutient que «l'administration Trump négocie en sachant que la République islamique a plus à perdre d'une reprise de la guerre que Washington». Il note que «cette guerre a tué des dizaines de hauts dirigeants iraniens, mais le régime reste intact» et prévient que le «but de l'Iran sera de faire traîner les négociations le plus longtemps possible afin qu'il puisse se regrouper et se reconstruire». Sa conclusion: « Le désir de chercher un règlement est compréhensible, mais aucun accord vaut mieux qu'un mauvais accord ».

Le comité de rédaction du Wall Street Journal a adopté un ton similaire mercredi dans un article intitulé: «Trump déclare une victoire prématurée en Iran». Il a averti que «la malheureuse vérité est que M. Trump s'est mis lui-même dans cette situation» par une « rhétorique incohérente sur la guerre — des revendications de victoire au milieu de menaces de déclencher 'l'Enfer'». Son objection n'était pas que menacer de détruire une civilisation soit un crime, mais que cela ait «suscité des craintes mondiales et sapé le soutien dans le pays et à l'étranger». Si l'Iran joue «ses jeux habituels», a conseillé le Journal, Trump devra «finir le travail».

Le sénateur démocrate Chris Murphy a déclaré mercredi à CNN que si l'Iran conservait le contrôle permanent du détroit, «alors quoi, quelle erreur, quel mauvais calcul toute cette entreprise a été».

Trump, pour sa part, a menacé d'une nouvelle escalade militaire. Dans une publication sur Truth Social, il a déclaré que «tous les navires, avions et personnels militaires américains... resteront en place dans et autour de l'Iran, jusqu'à ce que le VÉRITABLE ACCORD conclu soit pleinement respecté». Il a averti que si les conditions n'étaient pas honorées, «la 'Fusillade commence', plus grande, meilleure et plus forte que tout ce que quiconque a jamais vu auparavant».

Il a conclu: «En attendant, notre formidable armée se prépare et se repose, impatiente, en réalité, de mener sa prochaine conquête.» Il a terminé par ces mots: «L'AMÉRIQUE EST DE RETOUR!»

Mercredi, Trump a rencontré le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, à la Maison-Blanche. Politico a rapporté que Trump a réprimandé Rutte pour le refus de l'OTAN de fournir son espace aérien et ses bases militaires pour la guerre américaine contre l'Iran. Trump a qualifié l'alliance de «très décevante» et a exigé que les alliés de l'OTAN envoient des navires de guerre pour rouvrir le détroit d'Ormuz sous quelques jours.

Jeudi, Trump a publié sur Truth Social: «L'Iran fait un très mauvais travail, déshonorant diront certains, pour ce qui est de permettre au pétrole de passer par le détroit d'Ormuz. Ce n'est pas l'accord que nous avons!»

Loading