Le nouveau Premier ministre britannique, Andy Burnham, va intensifier la politique d’austérité et de guerre du Parti travailliste

Andy Burnham est devenu le septième Premier ministre britannique en à peine dix ans, tandis que son prédécesseur, Keir Starmer, a quitté précipitamment la scène après sa dernière rencontre avec le roi Charles. Starmer a été suivi plus tard dans la journée par ses deux plus proches alliés, l’ancienne chancelière Rachel Reeves et le vice-Premier ministre David Lammy, ainsi que par de nombreux autres fidèles dont personne ne regrettera le départ.

Arrivée du Premier ministre Andy Burnham au 10 Downing Street [Photo by Lauren Hurley / No 10 Downing Street / CC BY-NC-ND 4.0]

Burnham a toutefois veillé à conserver Jonathan Powell, fervent blairiste, au poste de conseiller à la sécurité nationale afin de souligner la continuité de la politique étrangère de l’impérialisme britannique. Mais cette nomination est éclipsée par la plus importante décision de Burnham au sein de son nouveau cabinet : la nomination de John Healey au poste de chancelier.

La démission de Healey de son poste de ministre de la Défense a précipité la chute de Starmer et ouvert la voie à l’ascension de Burnham. Il a dénoncé Starmer et Reeves, les accusant d’être « incapables et peu disposés » à engager les ressources nécessaires pour mener efficacement une guerre, identifiant un « trou noir » de 28 milliards de livres sterling dans les dépenses de défense existantes et insistant sur le fait que le déficit réel avoisinait plutôt les 78 milliards de livres sterling.

Healey est partisan d’une agression militaire contre la Russie et la Chine, pouvant aller jusqu’à l’utilisation d’armes nucléaires. Il se trouve désormais en position de décider des coupes sauvages nécessaires pour concrétiser son rêve de « résilience de la société à tous les niveaux » : un plan directeur pour la militarisation de tous les aspects de la vie sociale.

L’ampleur de la crise illustrée par la rotation rapide des Premiers ministres – Starmer n’a tenu que deux ans – a été soulignée par un éditorial du Times : « L’ancien maire du Grand Manchester sera le quatrième Premier ministre que le roi aura reçu au cours d’un règne qui n’a pas encore atteint quatre ans. Il n’y a pas de symptôme plus morbide, plus déprimant, de la politique britannique en ruine que le taux de rotation au 10 Downing Street. »

Dans un bref discours prononcé devant Downing Street, Burnham a promis de mettre fin à la tourmente politique. Sans annoncer la moindre nouvelle mesure, il a déclaré que la rotation rapide des Premiers ministres démontrait que « la Grande-Bretagne doit montrer au monde que nous pouvons retrouver notre stabilité, et tel est notre défi : faire fonctionner la politique, la faire fonctionner mieux ».

Un « nouveau modèle politique et un nouveau modèle économique » permettraient, semble-t-il, de mettre un « frein » à quarante ans de politiques néfastes, de centralisation et de désindustrialisation, et rendraient la politique « plus collaborative ».

Ce projet doit être précisé dans le courant de l’année dans un « nouveau plan pour la Grande-Bretagne, un plan sur dix ans, traçant la voie entre notre situation actuelle et celle où, je crois, nous souhaitons tous voir la Grande-Bretagne, d’où que nous venions et quel que soit le parti que nous soutenons ». Ce « plan » miraculeux visant à rassembler tout le monde implique de collaborer avec la dirigeante conservatrice Kemi Badenoch et Nigel Farage, du parti d’extrême droite Reform UK, a ensuite souligné Burnham.

Cette mission s’étendant sur une décennie s’accompagnerait de mesures immédiates « pour donner aux gens un peu de répit dès maintenant, un coup de pouce face au coût de la vie… » L’indication la plus importante de ce que cela signifie concrètement est l’engagement d’« aider davantage de jeunes à trouver un emploi », présenté comme « le moyen équitable et durable de réduire les dépenses sociales, de respecter nos règles budgétaires et d’honorer nos engagements en matière de défense envers nos partenaires internationaux ». En bref, il s’agit de réduire les dépenses sociales pour financer les dépenses militaires, sous le prétexte d’une préoccupation pour le chômage.

Dans plusieurs interviews, Burnham a souligné que « reprendre le contrôle » signifiait reprendre le contrôle des dépenses publiques, c’est-à-dire les réduire conformément à son engagement de respecter la discipline budgétaire du gouvernement Starmer.

Tout cela ne donne qu’une idée très partielle du caractère profondément réactionnaire qu’aura un gouvernement Burnham. La semaine dernière, il déclarait au Times : « Ma priorité sera de protéger le Royaume-Uni en augmentant les dépenses de défense [...] Notre engagement envers l’OTAN et la force de dissuasion nucléaire britannique restera absolu. Nos relations avec les États-Unis resteront essentielles [...] Et le soutien de la Grande-Bretagne à l’Ukraine ne faiblira pas. »

Ce message a été renforcé lundi par la nomination de Healey et lorsque Burnham a déclaré qu’il dirait au président ukrainien Volodymyr Zelensky : « Je serai à ses côtés à 100 %, tout comme l’a été Keir Starmer », le soutien du Royaume-Uni restant « inébranlable ». Zelensky sera l’un des premiers dirigeants étrangers avec lesquels Burnham s’entretiendra, après un appel prioritaire avec le président américain Donald Trump.

Au-delà de la rhétorique grotesque concernant un plan décennal de renouveau de la Grande-Bretagne, Burnham doit et va intensifier l’offensive contre la classe ouvrière. C’est ce qu’indique son engagement à s’entretenir avec Trump alors qu’une reprise de facto de la guerre avec l’Iran est en cours et que des discussions d’invasion ont lieu, ainsi qu’avec Zelensky alors que les puissances européennes intensifient systématiquement la guerre en Ukraine.

La situation mondiale se caractérise par une escalade du conflit mondial visant à se partager les territoires, les ressources et les marchés essentiels entre les puissances impérialistes. Cette flambée du militarisme et ses conséquences dévastatrices exigent une austérité toujours plus rigoureuse, et non un revirement de cap.

Les dépenses sociales doivent être drastiquement réduites afin de libérer des ressources pour la guerre et de pousser davantage de jeunes vers les forces armées. L’agression contre la Russie et la Chine, deux des plus grandes puissances militaires mondiales, va entraîner la plus grande offensive contre la classe ouvrière et ses droits sociaux et démocratiques depuis les années 1930.

L’affirmation selon laquelle Burnham pourrait changer le cap du gouvernement n’est qu’une pâle imitation des promesses faites auparavant au sujet de la direction du Parti travailliste par Jeremy Corbyn.

Corbyn s’était lancé dans la course à la direction du parti en 2015 avec un objectif explicite et clairement énoncé : empêcher le type d’implosion qui avait failli détruire d’autres partis sociaux-démocrates à travers l’Europe. Son but était de canaliser vers le Parti travailliste le sentiment anti-austérité et anti-guerre qui avait jailli après la crise financière de 2008, afin qu’il puisse y être géré, contenu et désamorcé.

Les illusions largement répandues selon lesquelles Corbyn mènerait une renaissance de la gauche ont été anéanties lorsqu’il s’est employé à trahir l’opposition à la droite blairiste et à préserver l’emprise de la bureaucratie – dont il est un fidèle représentant – sur la classe ouvrière.

Les groupes de pseudo-gauche – tels que le Socialist Workers Party – qui avaient apporté leur soutien sans réserve à Corbyn à l’époque affirment désormais que la pression exercée « par la base » sur Burnham imposera un déplacement vers la gauche, bien que plus limité. Ce faisant, ils continuent de s’opposer à la rupture politique nécessaire avec le Parti travailliste, ainsi qu’avec la bureaucratie syndicale dont celui-ci dépend pour maitriser et réprimer la lutte des classes.

Il convient de rappeler que Starmer a succédé à Corbyn en promettant de mettre en œuvre un plan en dix points qui semblait plus à gauche que la piètre proposition de Burnham. Ce plan prévoyait notamment une hausse des impôts sur les plus riches ; plus de mesures sociales ; l’élimination des frais d’inscription à l’université ; une loi sur la prévention des interventions militaires visant à mettre fin aux guerres illégales ; l’arrêt de l’externalisation au sein du Service national de santé et des collectivités locales ; la défense des droits des migrants et de la liberté de circulation ; le renforcement des droits des travailleurs ; et la nationalisation des chemins de fer, de la poste, des secteurs de l’énergie et de l’eau.

Toutes ces mesures se sont évaporées comme de la brume.

Quels que soient les revirements temporaires et tactiques que puisse produire l’opposition sociale et politique des travailleurs, l’orientation fondamentale de la politique capitaliste d’aujourd’hui est façonnée par la pression « venant d’en haut », exercée par l’oligarchie. Cette élite financière et patronale poursuit un programme mondial commun, consistant à détruire les droits démocratiques et à éliminer les acquis sociaux afin de préparer la guerre commerciale et la violence militaire.

Les États-Unis en sont le premier exemple, où la présidence de Donald Trump est l’instrument direct des multimilliardaires. Mais les Elon Musk et les Jeff Bezos de ce monde exercent la même influence partout. L’oligarchie financière s’assure le contrôle des partis politiques en injectant des millions dans leurs caisses, et pas seulement ceux d’extrême droite. De plus, les exigences de l’oligarchie se répercutent à travers les marchés obligataires et boursiers – qui peuvent menacer les économies nationales d’effondrement – ainsi que par le biais des médias et des groupes d’affaires ; Burnham n’a ni la capacité ni la volonté de s’y opposer.

Tout discours visant à soulager la détresse sociale à laquelle sont confrontés des millions de travailleurs sans remettre en cause le pouvoir de l’oligarchie, sans mobiliser la classe ouvrière autour d’un programme anticapitaliste et anti-guerre, constitue une dangereuse supercherie politique.

Burnham a été mis en place pour accomplir ce que Starmer n’a pas réussi à faire. Il poursuivra et intensifiera la participation de la Grande-Bretagne à la guerre menée par l’OTAN, sous l’égide des États-Unis, contre la Russie en Ukraine, ainsi que les préparatifs mondiaux plus larges en vue d’un conflit militaire direct avec la Russie et la Chine, quel qu’en soit le coût pour la classe ouvrière.

Il est temps de rompre avec l’illusion selon laquelle le Parti travailliste peut être réformé ou « sauvé ». Le prix amer que la classe ouvrière a payé pour ce mensonge a commencé avec le gouvernement Starmer et son programme d’austérité et de guerre. Il ne faut pas laisser cette situation se poursuivre sous Burnham, au risque d’en subir les conséquences encore plus dévastatrices.

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