Perspective

Un tribunal fasciste ukrainien condamne Bogdan Syrotiuk, opposant socialiste à la guerre, à 15 ans de prison

Bogdan Syrotiuk

Le 10 août, Bogdan Syrotiuk, socialiste ukrainien de 27 ans et opposant à la guerre menée par les États-Unis et l'OTAN contre la Russie, a été condamné à 15 ans de prison. Le verdict, prononcé par un tribunal de district de la région de Nikolaïev, ordonne également la confiscation de ses biens et de son matériel électronique, ainsi que la destruction des livres, tracts et documents programmatiques socialistes qui lui ont été saisis.

Le World Socialist Web Site et le Comité international de la Quatrième Internationale dénoncent ce verdict et appellent les travailleurs, les jeunes et tous les défenseurs des droits démocratiques du monde entier à exiger la libération immédiate de Bogdan.

Le verdict fera immédiatement l'objet d'un appel. Conformément à la loi ukrainienne, l'appel doit être interjeté dans un délai de 30 jours. Nous appelons tous les défenseurs des droits démocratiques à soutenir ces actions en justice et à demander l'annulation de la condamnation.

Bogdan, figure de proue de la Jeune Garde bolchevique-léniniste (YGBL), a été condamné pour « haute trahison [...] sous la loi martiale ». Or, le dossier ne fait état d'aucun acte de trahison : ni espionnage, ni sabotage, ni collaboration avec une quelconque force militaire. Les seuls éléments à charge étaient ses écrits, publiés sur le World Socialist Web Site, et ses échanges avec les rédacteurs qui les avaient publiés.

Les experts de l'État ont examiné quatorze écrits de Bogdan et en ont inclus sept dans l'acte d'accusation. Le tribunal a ensuite été contraint d'en abandonner un – un article sur les arrestations violentes de réfractaires par les commissariats militaires – après que sa propre commission d'enquête n'y ait rien trouvé d'incriminant. Bogdan a été condamné à quinze ans de prison pour six articles.

Quel était le contenu subversif ? Selon le tribunal, les articles contenaient « la non-reconnaissance des dirigeants politiques légitimement élus de l’Ukraine et des processus démocratiques », « des comparaisons avec les fascistes et les nazis », « des évaluations négatives des forces armées ukrainiennes » et une « réinterprétation des héros nationaux et des figures historiques ».

En réalité, tout de ce qui a été écrit par Bogdan est politiquement et historiquement exact. La « direction politique légitimement élue » est un président dont le mandat a expiré en mai 2024. Zelensky se maintient au pouvoir plus de deux ans après la fin de son mandat légal, gouvernant par décret dans un état de loi martiale permanent. Les élections ont été annulées et les droits démocratiques fondamentaux suspendus. Bogdan a été condamné pour ne pas avoir reconnu les « processus démocratiques » dans un pays où il n'existe aucun processus démocratique. Son verdict en est un qui a été prononcé par un régime illégal.

Quant aux « héros nationaux » que Bogdan est accusé de « réinterpréter », il s'agit de Stepan Bandera et des dirigeants de l'OUN (Organisation des nationalistes ukrainiens) et de la division Galicie de la Waffen-SS : des collaborateurs nazis qui ont soutenu l'invasion de l'Union soviétique par Hitler en 1941 et ont été impliqués dans le massacre de Juifs et de Polonais. Le grief du tribunal concernant les « comparaisons avec les fascistes et les nazis » fait référence à la dénonciation par Bogdan de la réhabilitation et de la glorification officielles de ces forces.

Parmi les « preuves » de trahison citées par le tribunal figurent l'article de Bogdan intitulé « Les crimes des bandérovistes contre le peuple ukrainien : notes d'un trotskyste ukrainien » et son discours du 1er mai 2023, « Pour l'unité de la classe ouvrière de Russie et d'Ukraine ! » Dans tout pays où les droits démocratiques conservent un semblant de sens, de tels écrits sont protégés par la liberté d'expression. En Ukraine, sous Zelensky, ils sont passibles de 15 ans de prison.

Lors de l'arrestation de Bogdan par le Service de sécurité d'Ukraine (SBU) le 25 avril 2024, l'État a prétendu qu'il agissait comme agent du gouvernement russe. Plus de deux ans après, aucun élément n'est venu étayer cette allégation diffamatoire. Au contraire, les articles cités dans le jugement attestent clairement de l'opposition de Bogdan à l'invasion russe et au régime de Poutine.

Le verdict fait référence à plusieurs reprises aux « conséquences socialement dangereuses » des positions de Bogdan. Cela révèle que les poursuites engagées contre lui ne reposent pas sur le prétexte fallacieux d'un soutien à la Russie. Elles visent en réalité à réprimer l'opposition croissante à la guerre et au régime de Zelinsky parmi les travailleurs et les jeunes Ukrainiens.

Les preuves présentées par la défense de Bogdan sont restées sans réponse. Un rapport de 65 pages, rédigé par Yuri Irkhin, l'un des plus éminents criminologues ukrainiens, n'a trouvé dans les écrits de Bogdan « aucune déclaration, phrase, expression ou combinaison de mots présentant des signes de propagande visant à soutenir l'agression armée de la Fédération de Russie ». Plutôt que d’y répondre, le tribunal a ordonné une nouvelle expertise par un institut d'État de la criminalistique, qui, malgré cela, n'a décelé dans les articles aucun appel au renversement de l'État, à la prise du pouvoir, à des actes subversifs ou à la modification des frontières de l'Ukraine.

La défense a démontré que rien dans le dossier ne constituait un acte de trahison et que les écrits de Bogdan relevaient de l'expression politique protégée par l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté tous ces arguments.

Ce verdict n'est pas le fruit d'une procédure judiciaire, mais l'exécution d'une directive politique émanant de la dictature de Zelensky. Il stipule que Bogdan a agi « sur les instructions d'un représentant du World Socialist Web Site, sous le pseudonyme de 'David' » – identifié dans le jugement lui-même comme étant David North, président du comité de rédaction international du WSWS. L'État ukrainien s'arroge le droit de qualifier d'entreprises criminelles les publications socialistes et anti-guerres internationales, et de considérer toute collaboration avec elles comme de la trahison.

La décision de détruire le programme de la YGBL, ses brochures, tracts et dossiers d'articles imprimés révèle la véritable nature du verdict. Les méthodes employées sont celles des régimes fascistes : emprisonner l'opposition, confisquer ses documents, brûler ses écrits. Le tribunal a même condamné Bogdan à payer plus de 178 000 hryvnias pour couvrir le coût des « enquêtes » criminalistiques ayant servi à sa condamnation.

La condamnation de Bogdan intervient dans un pays où la politique de gauche est interdite. Les partis et symboles communistes sont proscrits en Ukraine depuis les lois de « décommunisation » de 2015. En 2022, le gouvernement Zelensky a suspendu onze partis d'opposition, dont le principal parti d'opposition au Parlement, qui a ensuite été purement et simplement interdit.

Quelque 20 000 poursuites pénales ont été ouvertes en vertu des lois ukrainiennes sur la trahison et la collaboration, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, qui a indiqué en septembre 2025 « continuer de documenter des cas de torture et de mauvais traitements » infligés à des détenus par l’État ukrainien. Human Rights Watch qualifie ces lois de « trop larges et vagues » ; parmi les personnes poursuivies figurent des individus ayant fourni des « services d’urgence, des travaux de construction, une aide humanitaire et des services de collecte des ordures » en territoire occupé.

Le World Socialist Web Site est interdit en Ukraine depuis le 6 juin 2024, six semaines après l'arrestation de Bogdan.

Tout cela a été enterré et dissimulé au public par le gouvernement et les médias qui prétendent que la guerre est menée pour défendre la démocratie ukrainienne.

Le complot visant Bogdan est l'acte d'un régime aux abois. L'opposition à la guerre se renforce en Ukraine même. Plus de 300 000 poursuites pénales ont été engagées contre des soldats pour désertion ou absence sans permission depuis 2022, la majorité au cours de la dernière année. En 2025, 69 pour cent des Ukrainiens interrogés par Gallup estimaient que le pays devait rechercher une fin négociée à la guerre, un revirement complet d'opinion depuis 2022. Terrifié par la montée du sentiment anti-guerre parmi les travailleurs et les soldats, le gouvernement Zelensky intensifie la répression intérieure tout en œuvrant à créer les conditions d'une entrée directe des puissances de l'OTAN dans le conflit.

Une peine de 15 ans de prison en Ukraine équivaut à une peine de mort. Les conditions de détention dans le système pénitentiaire ukrainien sont bien documentées. Lors de l'examen de la situation en Ukraine mené par le Comité des Nations Unies contre la torture en avril 2025, les experts ont pointé du doigt la surpopulation carcérale, l'accès insuffisant à l'eau et à la nourriture, l'absence d'examens médicaux indépendants et l'augmentation du nombre de décès en détention. Le Comité contre la torture du Conseil de l'Europe, dans son rapport sur sa visite en Ukraine en octobre 2023, a décrit des installations vétustes où les personnes en détention provisoire sont confinées dans leur cellule jusqu'à 23 heures par jour et a constaté que les conditions dans un centre de détention provisoire étaient si dégradantes qu'il les a jugées potentiellement « inhumaines et dégradantes ».

Bogdan, dont la santé était déjà fragile au moment de son arrestation, se voit refuser des soins médicaux urgents depuis plus d'un an, malgré les promesses répétées de l'administration pénitentiaire. Chaque jour passé en prison représente une menace pour sa vie.

Son sort ne saurait être laissé entre les mains des tribunaux d'un État qui vient de démontrer son mépris fasciste pour les droits démocratiques. La liberté de Bogdan sera acquise par la mobilisation de la classe ouvrière internationale, de la jeunesse et de toutes les organisations et personnes progressistes œuvrant à la défense des droits démocratiques. Nous lançons un appel aux travailleurs, aux syndicats, aux organisations étudiantes et de jeunesse, aux groupes de défense des libertés civiles et aux mouvements socialistes et anti-guerres de tous les pays : prenez en main le cas de Bogdan. Adoptez des résolutions dans vos entreprises, syndicats, écoles et universités pour exiger sa libération. Publiez des déclarations de protestation. Signez et diffusez la pétition pour sa libération.

La lutte pour la libération de Bogdan Syrotiuk est un combat contre la guerre impérialiste, la dictature et le fascisme. Remplissez le formulaire ci-dessous pour y participer.

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