Le gouvernement libéral de Carney intensifie son assaut contre les travailleurs de la fonction publique fédérale

Des travailleurs fédéraux manifestent à Ottawa pendant leur grève de 2023. Chris Aylward, alors président de l’AFPC, est à l’extrême droite. [Photo: Twitter/Facebook]

Le gouvernement libéral du Canada, dirigé par le Premier ministre Mark Carney, exige des travailleurs de la fonction publique fédérale qu’ils acceptent d’énormes concessions, notamment d’importantes baisses de salaire réel.

L’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) a dû reconnaître qu’elle et le gouvernement étaient « encore très loin l’un de l’autre » sur les nouveaux contrats d’environ 120 000 travailleurs fédéraux, à l’issue d’une deuxième série de négociations par voie de médiation à la fin du mois dernier.

Le gouvernement Carney a déjà supprimé plus de 22 000 emplois dans la fonction publique fédérale et compte en supprimer des dizaines de milliers d’autres. Les négociateurs du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, qui fait office d’employeur pour les membres de l’administration publique centrale, ont présenté, pour les membres de l’AFPC des groupes Services des programmes et de l’administration, Services techniques et Services de l’exploitation, une offre salariale qui équivaut à une augmentation moyenne de moins de 1 pour cent par an. Le gouvernement a proposé une hausse de 2,0 pour cent la première année – bien en deçà, même, du taux d’inflation actuel – suivie d’augmentations annuelles dérisoires de seulement 0,5 pour cent pendant les trois années suivantes. En réalité, les libéraux se servent de la menace de suppressions d’emplois pour imposer une baisse significative du niveau de vie des travailleurs du secteur public.

Les gouvernements libéraux de Trudeau et de Carney ont pris pour cible plus de 55 000 travailleurs de Postes Canada, une société d’État, afin de fixer la référence pour l’ensemble de la fonction publique. Ils ont été les fers de lance de la transformation de Postes Canada, qui est passée d’un service public universel à une entreprise de logistique « amazonisée », guidée par le profit. Invoquant cyniquement les « pertes » financières que le service postal aurait enregistrées, le gouvernement Carney a imposé un plan visant à réduire drastiquement le budget de ce service et à supprimer des dizaines de milliers d’emplois. Sur les instructions du gouvernement fédéral et avec la connivence du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP), la direction de Postes Canada prévoit de supprimer la livraison quotidienne du courrier à domicile, de fermer des centaines de bureaux de poste ruraux et de banlieue, de multiplier le travail précaire de livraison des colis le week-end et de recourir à un « routage dynamique » piloté par l’IA pour intensifier la charge de travail des postiers qui resteront.

En supprimant des emplois et en comprimant les salaires dans son rôle d’employeur de centaines de milliers de travailleurs du secteur public, le gouvernement libéral cherche à renforcer l’offensive du grand patronat canadien visant à intensifier l’exploitation de la classe ouvrière dans son ensemble.

Carney s’est engagé à réarmer l’impérialisme canadien afin qu’il prenne part à la troisième guerre mondiale entre grandes puissances, qui s’intensifie rapidement. Selon les mots de Carney, l’impérialisme canadien doit être « à la table » de ce violent nouveau découpage colonial du monde, et non « au menu ».

Presque immédiatement après son arrivée au pouvoir au printemps 2025, Carney a augmenté les dépenses militaires pour atteindre l’objectif de l’OTAN de 2 pour cent du PIB, le budget militaire 2025-2026 s’envolant à plus de 63 milliards de dollars. Le gouvernement libéral s’est maintenant engagé à atteindre le nouvel objectif de l’OTAN, soit 5 pour cent du PIB consacrés aux dépenses militaires d’ici 2035, affirmant que, d’ici dix ans, le Canada « débloquerait 500 milliards de dollars d’investissements dans la défense – des sous-marins et des avions aux drones, aux capteurs et aux systèmes radar ».

Afin d’attirer d’importants investissements et de compenser les dégâts économiques de la guerre commerciale avec les États-Unis, le gouvernement Carney s’est dans le même temps engagé à maintenir des taux d’imposition des sociétés ultra-bas et à déverser des dizaines de milliards de dollars sur les grandes entreprises, sous forme de subventions directes et de projets d’infrastructure. Il a annoncé une « Mégadéduction à la productivité » qui, selon lui, fera passer le taux effectif marginal d’imposition des nouveaux investissements des entreprises de 13 pour cent à 6,4 pour cent, « le taux le plus bas de toutes les grandes économies du monde et moins de la moitié de celui des États-Unis ».

Cette course au réarmement de l’impérialisme canadien et au renforcement du capital canadien exige une réorientation tout aussi massive des dépenses publiques. Le gouvernement Carney a lancé en juillet 2025 un « Examen exhaustif des dépenses » (EED), obligeant la plupart des ministères fédéraux à réduire de 15 pour cent leurs budgets de fonctionnement sur trois ans et visant à supprimer près de 40 000 emplois à temps plein dans la fonction publique fédérale.

Fait significatif, ces réductions se concentrent dans les ministères qui fournissent des services publics essentiels ou qui réglementent l’industrie – Immigration, Réfugiés et Citoyenneté ; Emploi et Développement social, qui administre l’assurance-emploi et d’autres programmes d’aide sociale ; Transports, qui réglemente la sécurité des transports aérien, maritime et ferroviaire ; Santé, dont relèvent l’Agence de la santé publique du Canada et l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Les bras répressifs de l’État – le ministère de la Défense nationale, la Gendarmerie royale du Canada (GRC), le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) et le Centre de la sécurité des télécommunications (CST) – sont exemptés des coupes budgétaires de l’EED.

L’EED a entraîné d’importantes pertes d’emplois dans l’ensemble de la fonction publique fédérale. Depuis mars 2024, le nombre de travailleurs employés par le gouvernement fédéral a diminué de 22 490, soit une baisse de 6,1 pour cent en deux ans. Les suppressions d’emplois se sont accélérées : plus de 12 600 de ces pertes d’emplois sont survenues au cours de la dernière année, ce qui représente une réduction de 3,5 pour cent de l’effectif fédéral total.

Près de la moitié des 12 600 emplois supprimés au cours de la dernière année étaient des postes à durée déterminée, occasionnels ou d’étudiants, les contrats des travailleurs n’ayant tout simplement pas été renouvelés. Ces formes d’emploi non permanent dans la fonction publique ont explosé ces dernières années.

Mais ce n’était qu’une première vague. De nombreux ministères ont invoqué le processus, au nom volontairement euphémique, de « réaménagement des effectifs » (RE), procédure inscrite dans les conventions collectives négociées par les syndicats de la fonction publique, qui permet au gouvernement de supprimer des postes permanents et de licencier des travailleurs.

Plus de 25 000 travailleurs ont reçu des lettres les avertissant que leur poste était « touché » ou « à risque », et la suppression de près de 10 000 postes permanents est actuellement programmée dans le cadre du processus de RE.

Le gouvernement a également mis en place l’incitation à la retraite anticipée (IRA), qui réduit les pénalités financières imposées aux travailleurs qui prennent leur retraite avant d’avoir atteint l’âge et le nombre d’années de service requis, afin d’encourager les travailleurs plus âgés à quitter leur poste pour que celui-ci puisse être supprimé par attrition. Signe du chaos organisationnel provoqué par les coupes et de leur effet sur le moral des travailleurs, plus de 10 000 d’entre eux ont présenté une demande. La perte de ces travailleurs expérimentés et de leurs connaissances accumulées promet d’aggraver la crise dans des ministères déjà ébranlés par les coupes budgétaires et les coupes dans les programmes.

Les travailleurs qui restent doivent « rationaliser » la prestation des programmes et intégrer des outils d’IA pour dégager des « gains d’efficacité » censés compenser la forte réduction des budgets et des effectifs des ministères – une accélération des cadences de fait, qui fera peser un fardeau toujours plus lourd sur des services publics déjà mis à rude épreuve. Carney a nommé Patrick Pichette, ancien haut dirigeant de McKinsey et de Google, président-directeur général de Transformation numérique Canada, nouvel organisme fédéral chargé de « moderniser » la fonction publique par l’adoption et le déploiement à grande échelle d’outils d’IA.

Les négociateurs de l’AFPC ont dénoncé l’offre salariale du gouvernement, la qualifiant d’« insultante » et affirmant qu’elle « envoyait un message clair sur le peu de valeur que l’employeur accordait au travail que [les fonctionnaires fédéraux] accomplissaient chaque jour pour fournir des services publics essentiels partout au pays ».

« Compte tenu du manque de respect dont l’employeur a fait preuve avec cette proposition et tout au long du processus », indique le communiqué de l’AFPC, « notre équipe de négociation du groupe PA réfléchit aux prochaines mesures à prendre ».

Tout cela n’est que du vent. L’AFPC et les syndicats de la fonction publique, comme l’ensemble de la bureaucratie syndicale au Canada, sont une béquille essentielle des gouvernements libéraux de Carney et de son prédécesseur Justin Trudeau, et jouent depuis des décennies un rôle clé dans la répression de la lutte des classes. Ils n’ont aucune stratégie viable pour défendre les emplois et les salaires dans la fonction publique. La bureaucratie syndicale et le Nouveau Parti démocratique (NPD) soutiennent sans réserve la réponse nationaliste « Équipe Canada » du gouvernement Carney à la guerre commerciale de l’administration Trump, qui exige en fin de compte qu’ils acceptent le cadre d’austérité nécessaire pour que le capital canadien reste compétitif à l’échelle internationale et finance un programme massif de réarmement.

Le gouvernement comme la bureaucratie syndicale ont intérêt à faire traîner la médiation, afin de décourager les travailleurs et d’émousser leur combativité. Même une fois le processus de médiation terminé, le syndicat devrait franchir plusieurs autres obstacles avant que les travailleurs soient en position légale de faire grève. Il y a notamment une période de réflexion et la négociation d’une entente sur les « services essentiels », par laquelle le syndicat négocie avec le gouvernement pour déterminer qui aura le droit de faire grève.

Le processus de RE, la suppression de postes à durée déterminée, occasionnels et d’étudiants, ainsi que la volonté de supprimer des postes par attrition ont tous été mis en œuvre en vertu des accords de capitulation acceptés en 2023 par les bureaucrates syndicaux, lorsqu’ils ont étouffé une puissante grève de plus de 100 000 travailleurs du secteur public.

À l’approche de la grève de 2023, l’AFPC a participé avec le gouvernement libéral de Trudeau à des séances de négociation qui ont traîné pendant deux ans, reculant sur toutes les revendications de ses membres alors qu’une inflation galopante imposait des baisses de salaire réel dévastatrices. Lorsque les travailleurs de la base de la fonction publique, qui réclamaient des augmentations de salaire à la hauteur de l’inflation, une meilleure sécurité d’emploi et le droit de continuer à télétravailler, ont forcé l’AFPC à appeler à la grève, la bureaucratie syndicale a tout fait pour isoler et saper les grévistes. Les dirigeants syndicaux ont négocié une entente sur les services essentiels qui a empêché plus de 45 000 membres de l’AFPC de se joindre à la grève.

Au bout du compte, l’AFPC a accepté un contrat bourré de concessions, qui a entériné des baisses de salaire réel, n’a apporté aucune amélioration en matière de sécurité d’emploi et a laissé le télétravail entièrement entre les mains de la direction. Comme on pouvait s’y attendre, le gouvernement Carney s’est servi des pouvoirs que lui confère cet accord de capitulation pour mettre en œuvre des suppressions massives d’emplois et forcer les travailleurs à retourner au bureau.

La grève de 2023 des travailleurs du secteur public n’était que l’une des nombreuses luttes sabotées par la bureaucratie syndicale au cours de la vague de grèves qui a déferlé sur le Canada à partir de 2022. À l’automne 2023, 500 000 infirmières, enseignants et autres travailleurs des secteurs public et parapublic du Québec ont fait grève, pour voir leur lutte se solder par des contrats de capitulation imposés par leurs dirigeants syndicaux en collusion avec le gouvernement de droite de la CAQ (Coalition Avenir Québec). Ces contrats ont entériné des baisses de salaire réel et un alourdissement de la charge de travail, réduit la rémunération des heures supplémentaires, vidé de leur substance les droits d’ancienneté et maintenu les heures supplémentaires obligatoires pour les infirmières.

De 2023 à 2025, le gouvernement libéral a utilisé l’article 107 du Code canadien du travail pour criminaliser les grèves des postiers, des débardeurs de Colombie-Britannique et du Québec et des cheminots des deux grandes compagnies ferroviaires nationales du pays, sans même un débat ou un vote parlementaire. Tout en promettant de contester en justice ce recours à l’article 107, les dirigeants syndicaux n’ont rien fait pour s’opposer à cette éviscération du droit de grève de leurs membres, se couchant sans broncher et acceptant des contrats de concessions imposés de fait par décret gouvernemental.

Tant que les dirigeants syndicaux pro-capitalistes garderont le contrôle de toute résistance à l’offensive de guerre de classe que mène le gouvernement Carney contre les travailleurs de la fonction publique fédérale, le même sort les attend. Ce n’est qu’en rompant avec les bureaucrates syndicaux nationalistes et avec leurs alliés politiques chez les libéraux et au NPD, et en construisant des comités de base indépendants – de portée internationale, unissant les travailleurs de toute l’Amérique du Nord – que les travailleurs pourront s’opposer au programme impérialiste de guerre, d’austérité et d’exploitation accrue exigé par la classe dirigeante. Ces comités doivent étendre la lutte des travailleurs de la fonction publique aux autres sections de la classe ouvrière confrontées à des attaques similaires, et adopter une stratégie socialiste pour mettre fin à la subordination des ressources de la société à la guerre et à la course au profit des grandes entreprises.

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