« Notre syndicat est du côté de l’entreprise, pas de ses membres » : l’UAW force l’adoption de la convention collective à Bradford White et met fin à une grève de 47 jours dans le Michigan

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Des travailleurs de Bradford White en grève, le 19 septembre 2026

Le syndicat United Auto Workers (UAW) a mis fin à la grève de 47 jours menée par près de 1 300 travailleurs du fabricant de chauffe-eau Bradford White, à Middleville, dans le Michigan, après avoir affirmé que les travailleurs avaient ratifié dimanche, par 58,6 pour cent des voix contre 40,1 pour cent, la « dernière, meilleure et ultime offre » de l’entreprise. Cet accord est pratiquement identique à celui que les travailleurs avaient rejeté à 62 pour cent une semaine plus tôt.

L’aspect le plus significatif du vote est que plus de 40 pour cent des membres ont tout de même rejeté l’accord, malgré la campagne d’intimidation et de chantage menée par l’appareil de l’UAW. La bureaucratie a maintenu les grévistes isolés pendant près de sept semaines, les a affamés avec 550 dollars par semaine d’indemnités de grève et a fait comprendre qu’elle ne ferait rien pour s’opposer aux menaces de la direction de remplacer les grévistes par des briseurs de grève si la grève se poursuivait. La veille du vote de ratification, la présidente de la section locale 1002, Jessica Vazquez, a déclaré aux médias locaux que la direction pouvait remplacer ses membres par des briseurs de grève « avec une formation minimale ».

Dès le départ, l’UAW International et la section locale 1002 n’ont jamais voulu de grève. Après l’expiration, le 1er septembre, de la convention collective de six ans, les responsables syndicaux l’ont prolongée de 15 jours et n’ont autorisé la grève – la première dans l’usine depuis 1978 – qu’après que les travailleurs ont rejeté à 96 pour cent le premier accord.

Le président de l’UAW, Shawn Fain, le directeur de la Région 1D, Scott Zuckschwerdt, et les responsables de la section locale 1002 ont entrepris d’user les grévistes et les ont contraints à voter sur le même accord jusqu’à ce qu’ils votent « comme il faut ». Mais les grévistes ont rejeté les deux accords suivants à 95 et 62 pour cent respectivement.

Résumant le mépris de la bureaucratie envers la base, le délégué à la santé et à la sécurité de la section locale 1002, Rick Beebe, a déclaré à des journalistes du WSWS que les travailleurs « s’attendaient à une gratification instantanée », mais qu’ils devraient passer par le « processus ». Après que les travailleurs ont rejeté, le 23 octobre, à 62 pour cent l’accord négocié par l’UAW, la bureaucratie de l’UAW n’a même pas pris la peine de faire semblant de vouloir se battre pour obtenir mieux. Elle a au contraire fixé un nouveau vote au dimanche 1er novembre, Beebe déclarant aux médias locaux : « Les négociations, à ce stade, sont arrêtées. Nous irons à un nouveau vote dimanche. Si c’est un “oui”, nous serons de retour dans l’usine mercredi [4 novembre]. »

Pendant ce temps, la bureaucratie de l’UAW, qui est assise sur une caisse de grève de près d’un milliard de dollars alimentée par les cotisations des travailleurs, a laissé les travailleurs de Bradford White se débrouiller avec des indemnités de grève de misère. Beaucoup ont ainsi été contraints de chercher un autre emploi ou de lancer des cagnottes GoFundMe pour payer leurs frais de logement et leurs autres frais de subsistance. Profitant de cette situation, l’UAW et l’entreprise ont ajouté une « prime à la signature » de 250 dollars pour les employés récemment embauchés et de 500 dollars pour tous les autres afin de faire adopter l’accord final.

Décrivant ce processus, un jeune travailleur a déclaré au WSWS : « La majorité des gens qui ont voté oui la dernière fois l’ont fait surtout parce qu’ils veulent retourner au travail, même s’ils sont en désaccord avec la convention collective. C’est pour cette raison qu’ils nous font voter à nouveau, en pensant qu’ils obtiendront plus de oui. » Interrogé sur la question de savoir si les conditions se dégraderaient en cas d’adoption de la convention collective, il a répondu : « Tout à fait. Dans notre cas, nous faisons grève davantage pour l’assurance maladie que pour le salaire. »

Un autre travailleur a déclaré : « Bradford White est en train de racheter six entreprises. Ces 30 dernières années, nous avons perdu la clause d’indexation sur l’inflation (COLA), la couverture santé des retraités et nos retraites, remplacées par un régime d’épargne retraite 401(k). Cette convention collective nous donne à peine 2 dollars d’augmentation. J’ai commencé à 13 dollars de l’heure dans les années 1990. Avec cet accord, les travailleurs seront à 26,25 dollars en 2031. »

Avec des salaires d’embauche qui, avant la grève, pouvaient commencer à 18,25 dollars de l’heure, l’augmentation horaire de 2 dollars la première année laissera les travailleurs dans la pauvreté. Les travailleurs les moins bien payés obtiendront une augmentation immédiate de 1,96 dollar de l’heure, puis de 50 cents de l’heure chaque année pendant cinq ans, pour plafonner à 25,25 dollars. Les travailleurs actuels recevront un peu plus. L’entreprise a compensé le coût des augmentations de la première année en réduisant de 4,5 à 3 pour cent la contribution de l’employeur au régime d’épargne retraite 401(k).

« L’accord prévoit des augmentations de salaire significatives et des avantages précieux pour nos employés et leurs familles, conformément à notre engagement d’être un employeur industriel de premier plan dans l’ouest du Michigan », s’est vanté un porte-parole de Bradford White dans un communiqué. « Nous nous réjouissons d’accueillir de nouveau notre équipe à l’usine. »

Les travailleurs ont aussi pris en main la question de la communication en créant une page Facebook, présentée comme un espace où les syndiqués de Bradford White peuvent s’exprimer librement « sans être réduits au silence par notre comité corrompu ».

Sur cette page, les travailleurs ont dit ce qu’ils pensaient de la direction du syndicat. « Notre syndicat est du côté de l’entreprise, pas des syndiqués », a écrit l’un d’eux. Un autre a fait remarquer que la richesse sur laquelle repose le programme d’actionnariat salarié (ESOP) de Bradford White avait été créée par les travailleurs mais irait à la direction, alors que le comité de négociation devrait travailler pour les travailleurs. « Ils ont cessé de se battre pour nous, c’est évident », a écrit ce travailleur. Après que l’adoption de l’accord a été forcée, un travailleur a résumé l’état d’esprit de la base à l’égard de l’appareil de l’UAW en publiant : « Syndicat inutile. »

Pendant près de sept semaines, les travailleurs de Bradford White ont combattu l’opération de recours aux briseurs de grève de l’entreprise, supervisée par le bureau du shérif du comté de Barry, dirigé par le tristement célèbre shérif fasciste Dar Leaf. Quant à la bureaucratie de l’UAW, sa principale préoccupation était de faire campagne pour les candidats du Parti démocrate aux élections de mi-mandat, afin d’approfondir sa collaboration avec le patronat pour étouffer l’opposition aux suppressions d’emplois, à l’accélération des cadences et au passage à une économie de guerre.

Au cours de la lutte, les travailleurs les plus conscients et les plus combatifs ont cherché à donner une orientation et une direction à la lutte en formant le Comité de base de Bradford White.

Dans une déclaration appelant à voter « non », le comité a écrit :

Toute organisation qui défendrait réellement les travailleurs dirait à la direction où elle peut se mettre son « offre finale ». Elle mobiliserait des milliers de membres de l’UAW pour défendre ces piquets de grève et utiliserait la caisse de grève, notre argent, qui approche le milliard de dollars, pour tenir bon.

L’UAW fait exactement le contraire. Elle ramène pour l’essentiel l’accord que nous avons rejeté, et elle aide la direction à nous mettre un pistolet sur la tempe en faisant comprendre qu’elle ne fera rien pour l’empêcher de nous remplacer. Ce n’est pas de la représentation. C’est faire la police sur le lieu de travail pour le compte de la direction.

Le comité a déclaré que la bureaucratie de l’UAW appliquait le même scénario que lors de la grève de Mack Trucks en 2023, quand Fain avait ramené une « dernière, meilleure et ultime offre » pratiquement identique à celle que les travailleurs avaient rejetée à 73 pour cent.

Will Lehman, ouvrier de Mack Trucks, qui s’est présenté contre Fain en 2022 et en 2026, s’est opposé à cette trahison et s’est battu pour une grève totale de tous les travailleurs de l’automobile de Mack Trucks et des Trois Grands de Detroit. Le lendemain du début de la grève de Bradford White, Lehman a publié une déclaration appelant tous les membres de l’UAW à soutenir la grève.

Pour prévenir le sabotage de l’appareil de l’UAW, Lehman a appelé les grévistes de Bradford White à « établir immédiatement un comité de base qui soit le leur, élu par les travailleurs et responsable devant eux, afin de publier leurs revendications, de superviser tout vote de ratification et d’exiger des indemnités de grève équivalentes au salaire. Les 857 millions de dollars de la caisse de grève sont financés par les membres et doivent servir à soutenir ceux qui sont au combat, non à gonfler les salaires de responsables corrompus de l’UAW. »

Il a ajouté :

Un comité de base doit s’adresser aux travailleurs des autres usines de Bradford White, aux travailleurs des usines de pièces détachées et à ceux des Trois Grands afin de transformer une grève isolée en offensive unifiée. Je me présente à la présidence de l’UAW non pas pour obtenir un poste dans l’appareil, mais pour construire un mouvement puissant venu d’en bas afin que les travailleurs de la base puissent prendre eux-mêmes en main la conduite de nos luttes.

La lutte à Bradford White est loin d’être terminée. Dans les semaines à venir, les travailleurs seront poussés à lutter contre les suppressions d’emplois, les conditions de travail dangereuses et l’érosion accrue de leurs revenus due à l’inflation de guerre et au contrat de trahison.

Le Comité de base de Bradford White doit être élargi et, par l’intermédiaire de l’Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC), relié aux travailleurs de Nexteer, Dakkota, Dana et American Axle ainsi qu’aux travailleurs de l’automobile des Trois Grands de Detroit, et aux travailleurs d’autres secteurs, aux États-Unis comme à l’étranger.

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