Perspective

Le gouvernement allemand provoque l’escalade de la guerre en Ukraine

Un avion cargo Antonov [Photo by Vitorinostudio / wikimedia / CC BY-SA 4.0]

L'accusation du gouvernement allemand que la Russie aurait perpétré un attentat terroriste manqué à l'aéroport de Leipzig le 4 août est une provocation politique. Son objectif est d'intensifier le conflit en Ukraine, de rallier les autres puissances européennes à l'effort de guerre et de préparer l'opinion publique à un conflit direct avec la Russie, une puissance nucléaire.

Il est révélateur que le gouvernement allemand ait annoncé sa dernière escalade contre la Russie le 1er septembre, jour anniversaire du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale par Hitler. Les nazis avaient orchestré une fausse attaque contre la station de radio de Gleiwitz (aujourd'hui Gliwice) pour justifier l'invasion de la Pologne. «Nous ripostons depuis 5h 45», avait déclaré Hitler au Reichstag.

Le gouvernement allemand recourt aux mêmes méthodes, alors qu'il se prépare à passer d'une guerre par procuration à une guerre ouverte contre la Russie. C'est ce que voulait dire le ministre allemand de l'Intérieur Alexandre Dobrindt lorsqu'il a déclaré: « Nous ne sommes pas en guerre, mais nous sommes la cible quotidienne d'une guerre hybride. »

Les mesures punitives imposées par le gouvernement – la fermeture du consulat général de Russie à Bonn et de la Maison russe à Berlin, le durcissement des conditions d'entrée pour les Russes et les pressions exercées sur la « flotte de l'ombre » – convergent toutes vers un même objectif: la rupture des relations diplomatiques et culturelles est un pas vers la guerre. Le gouvernement s'attend pleinement à ce que la Russie réagisse en fermant l'Institut Goethe à Moscou et le consulat allemand à Saint-Pétersbourg.

Les accusations contre la Russie ont été soigneusement orchestrées. Dimanche, le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé qu'on allait bientôt procéder à une « attribution officielle de l'attentat de Leipzig» et a menacé: «Ils paieront pour cela.» Mardi, le ministre des Affaires étrangères Johann Wadephul et le ministre de l'Intérieur Alexander Dobrindt ont ensuite publié un communiqué de presse conjoint accusant la Russie d'être responsable de l'attaque.

Wadephul s'est ensuite rendu en Irlande pour une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE afin de les rallier à une position plus agressive envers la Russie. Au moment où il s'est adressé à la presse, les ministres de la Défense de l'UE s'étaient déjà réunis en Irlande et avaient également décidé d'intensifier les hostilités contre la Russie.

Dobrindt et Wadephul n'ont présenté aucune preuve crédible de l'implication présumée de la Russie. Dobrindt s'est contenté d'évoquer de manière générale les conclusions des services de police et de renseignement selon lesquelles les moyens employés – la configuration du drone, ses composants, les explosifs et la technologie du détonateur – correspondaient à ceux d'autres opérations hybrides russes. Il a affirmé que la technologie était « professionnelle » et la planification « considérable », contredisant ainsi sa propre déclaration selon laquelle l'acte avait été perpétré par des « agents subalternes », c'est-à-dire des amateurs.

La découverte du drone à l'aéroport de Leipzig — qui, outre le trafic civil, sert également de plaque tournante pour le fret et les expéditions d'armes — soulève de nombreuses questions.

Un chauffeur de bus a découvert le petit drone au sol tard dans la nuit du 4 août, près d'un Antonov, un avion-cargo de la compagnie aérienne ukrainienne du même nom, basée à Leipzig depuis le début de la guerre. Les enquêteurs ont ensuite trouvé à proximité 600 grammes d'explosifs, qui se seraient détachés du drone. Aucune explosion ni dégât n'ont été constatés.

Déjà à l'époque, nombreux étaient ceux qui réclamaient que la Russie soit tenue pour responsable de cette « attaque hybride ». Mais des soupçons existaient également, exprimés dans des cercles proches des services de sécurité, quant à une possible provocation de l'Ukraine ou d'autres parties intéressées. Rien dans les déclarations récentes de Dobrindt et Wadephul n'a permis de les réfuter.

La Russie a catégoriquement rejeté les allégations allemandes. En marge d'un sommet avec la Chine et l'Inde à Bichkek, le président russe Poutine a qualifié les mesures punitives de «grave erreur» et a accusé le gouvernement allemand d'avoir fabriqué de fausses preuves après l'incident du drone afin de porter des accusations contre Moscou. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a accusé Berlin de poursuivre délibérément «la voie de l’escalade».

La réaction du gouvernement allemand à la découverte du drone à Leipzig contraste fortement avec sa réponse à la plus importante attaque terroriste contre une infrastructure de mémoire récente: l’attentat contre le gazoduc Nord Stream en 2022. Bien que les auteurs ukrainiens aient depuis été identifiés et que la piste mène au commandant en chef de l’armée ukrainienne de l’époque, Valery Zaluzhny, le gouvernement allemand n’a jamais protesté, et encore moins imposé de mesures punitives à Kiev. Sa position sur les attaques terroristes, réelles ou fictives, est déterminée non par les faits, mais par ses intérêts impérialistes.

Cette dernière provocation contre la Russie ne peut être comprise indépendamment du contexte mondial. Les profondes contradictions du capitalisme mondial poussent une fois de plus toutes les puissances impérialistes vers un nouveau et violent partage du monde.

La guerre mondiale est déjà «en cours, se développant à la manière d'un processus métastatique», expliquait David North dans son rapport au neuvième congrès du Parti de l'égalité socialiste (États-Unis). «Elle se propage à l'échelle mondiale comme une maladie chronique qui s’aggrave, colonisant de nouvelles régions, fusionnant des conflits auparavant distincts et transformant progressivement l'économie mondiale et chaque État-nation en vue de la conflagration générale vers laquelle elle tend.»

En tant que première puissance économique européenne, l'Allemagne joua déjà un rôle particulièrement agressif durant la Première Guerre mondiale. Coincée au cœur d'une Europe étriquée, dépourvue d'un vaste empire colonial et surpassée par la flotte britannique, elle cherchait à dominer l'Europe et à s'étendre vers l'est. Les plans de guerre contre la France et la Russie étaient prêts depuis des années dans les tiroirs des généraux, des industriels et des hommes d'État lorsque la guerre éclata en 1914.

Il ne restait plus qu'à trouver un prétexte plausible. On l’obtint en orchestrant un scandale à propos de l'assassinat de l'héritier du trône autrichien par un nationaliste serbe à Sarajevo et par le chèque en blanc accordé par Berlin à l'Autriche pour une guerre contre la Serbie. Le gouvernement allemand savait que la Russie réagirait par une mobilisation générale et pourrait ainsi être présentée comme l'agresseur.

Durant la Seconde Guerre mondiale, l'impérialisme allemand chercha à venger sa défaite de la Première Guerre mondiale en mobilisant toutes les ressources de la société pour une guerre au cours de laquelle il commit des crimes d'une ampleur inimaginable, notamment le meurtre systématique de 27 millions de citoyens soviétiques et de 6 millions de Juifs. Pour ce faire, il eut besoin de la dictature nazie, qui écrasa le mouvement ouvrier, convertit toute l'industrie à la production de guerre et fit disparaître les derniers scrupules moraux.

L'impérialisme allemand se trouve aujourd'hui dans une situation comparable à celle de la première moitié du XXe siècle. Pendant la Guerre froide, il a exploité le marché unique européen et engrangé les profits à l'échelle mondiale en profitant de l'influence des États-Unis. La dissolution de l'Union soviétique cela a changé. L'économie allemande a bien été la première à bénéficier de l'expansion vers l'Est de l'Union européenne et de l'OTAN, mais lorsque l'OTAN a étendu son emprise à l'Ukraine et à la Géorgie, elle a provoqué une réaction de défense de la part de Moscou. Le régime de Poutine, incapable de rallier les masses laborieuses, a répondu par une guerre qui dure depuis quatre ans et demi et a déjà fait des centaines de milliers de victimes.

Dès le début, l'Allemagne a joué un rôle de premier plan dans l'escalade du conflit. En 2014, de concert avec les États-Unis, elle a orchestré le renversement violent du gouvernement de Kiev, portant au pouvoir un régime pro-occidental; elle a ensuite contribué à la reconstruction de l'armée ukrainienne; et aujourd'hui, elle est le principal bailleur de fonds et un important fournisseur d'armes du régime Zelensky, avec lequel elle collabore étroitement.

Berlin s'efforce de maintenir unis les rangs européens. Il travaille en étroite collaboration avec le gouvernement britannique, qui apporte également un soutien militaire et financier massif à l'Ukraine. Sous la présidence d'Ursula von der Leyen – membre de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), comme le chancelier allemand Merz – la Commission européenne a considérablement étendu ses pouvoirs. Elle coordonne l'industrie européenne de défense, émet ses propres obligations sur les marchés financiers et utilise les fonds ainsi levés pour financer un prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine.

Berlin et Bruxelles s'efforcent également de faire que les États-Unis, en tant que principale puissance de l'OTAN, restent partie prenante du conflit. Mais les droits de douane punitifs imposés par Trump, ses revendications sur le Groenland et ses relations unilatérales avec Moscou ont exacerbé les tensions. Trump n'est pas ici la cause mais seulement la manifestation la plus flagrante de contradictions impérialistes accumulées depuis longtemps.

Chaque rencontre entre Trump et Poutine est suivi avec suspicion à Berlin et Bruxelles. Plus les tensions transatlantiques s'intensifient, plus Berlin alimente le conflit avec Moscou. Il a lié son destin à une victoire sur la Russie et n'est pas prêt à accepter d’autre issue à cette guerre en pleine escalade que sa capitulation. Les dirigeants acceptent ici sciemment le risque d'une annihilation nucléaire de l'Europe.

La résistance à la guerre ne peut venir que de la classe ouvrière, qui en paie le prix par les coupes sociales, la hausse des prix, le chômage et la conscription. Unir les travailleurs à l'échelle internationale et les rallier à un programme socialiste qui lie la lutte contre la guerre, contre les inégalités sociales et contre la dictature à la lutte contre leur cause profonde – le capitalisme – est l'objectif du Parti de l'égalité socialiste (PES) et du Comité international de la Quatrième Internationale.

Le trotskyste ukrainien Bogdan Syrotiuk a été condamné en Ukraine à 15 ans de prison pour haute trahison car il prône la fin de la guerre par l'unité des classes ouvrières ukrainienne et russe. Syrotiuk est un opposant au régime de Poutine. Mais le gouvernement ukrainien qui honore comme des héros les collaborateurs nazis et les meurtriers de masse de la Seconde Guerre mondiale ne peut tolérer aucune opposition socialiste à sa guerre.

La lutte pour la libération de Bogdan est un combat crucial contre la guerre impérialiste. Nous exhortons tous les lecteurs du WSWS à se mobiliser: signez la pétition pour sa libération sur wsws.org/freebogdan, envoyez des lettres de protestation exigeant sa libération aux tribunaux ukrainiens à inbox@pm.mk.court.gov.ua et inbox@mka.court.gov.ua, avec copie à freebogdan@wsws.org, et soulevez la question de sa libération sur votre lieu de travail, à l’université, à l’école ou dans votre syndicat.

(Article paru en anglais le 3 septembre 2026)

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